Les arbres de compétence

jeudi 17 juillet 2003

Méthode extraite des Cahiers du LIPS - Fiche Technique n°3 de la boîte à outils de la prospective de Michel Godet

But

Les arbres de compétences se proposent de représenter l’entreprise dans sa totalité sans la réduire à ses produits et marchés. Dans ces arbres, les racines (les compétences techniques et les savoir‑faire) et le tronc (capacité de mise en oeuvre) sont aussi importants que les branches (lignes produits‑marchés). Dans le cadre de la démarche intégrée (fiche numéro 1), l’objectif des arbres de compétence est d’établir une radiographie de l’entreprise afin de prendre en compte, ses compétences distinctives et leur dynamique, dans l’élaboration d’options stratégiques.

Description de la méthode

La représentation d’une entreprise sous forme d’un arbre de compétences est née à l’occasion d’une analyse stratégique des firmes japonaises. Il est apparu que, implicitement ou explicitement, la plupart des structures d’organisations au Japon sont présentées sous forme arborescente : ainsi par exemple, trois cercles concentriques pour symboliser la recherche, puis la production et enfin la commercialisation, c’est aussi représenter un arbre en projection sur un plan.

L’élaboration complète d’un arbre de compétence est un travail considérable qui impose un recueil exhaustif des données de l’entreprise (des savoir‑faire aux lignes produits marchés) et de son environnement concurrentiel. Ce recueil comparatif est indispensable pour le diagnostic stratégique de l’arbre : forces et faiblesses des racines, du tronc et des branches. Ce diagnostic doit être aussi rétrospectif avant d’être prospectif. Pour savoir ou l’on peut aller,il faut savoir d’ou l’on vient.

Il ne faut pas confondre cette approche avec celle des arbres technologiques dans lesquels le tronc (fonction de production) n’existe pas et où les branches paraissent directement issues des racines.

Comme le souligne Marc Giget (1989) : "Il s’agit de deux concepts à finalités distinctes (...) I’élaboration des arbres technologiques a été généralement les faits des directions de la recherche ou de la communication qui y ont trouvé une forme simple et valorisante de présenter vers l’extérieur une image cohérente et exhaustive de l’activité de l’entreprise "

Utilités et limites

L’image de l’arbre a ses vertus. Il apparaît, tout d’abord, pour reprendre la formule de Marc Giget, que "l’entreprise ne doit pas mourir avec son produit ". Ce n’est pas parce qu’une branche est malade qu’il faut scier le tronc. Dans ce cas, il convient, plutôt, de redéployer la sève des compétences vers des nouvelles branches d’activités qui correspondent à son "code génétique". On connait les exemples célèbres de Bolloré-Technologies (des papiers à cigarettes aux emballages spéciaux), de Graphoplex (des règles à calcul aux thermo‑plastiques de précision) ou de la Règle à Calcul, le distributeur bien connu du Bd Saint-Germain, reconverti dans la diffusion des calculettes et des produits micro.

L’image de l’arbre a aussi ses limites. La dynamique de l’arbre n’est pas univoque des racines aux branches, elle fonctionne dans les deux sens : les branches nourrissent à leur tour les racines par le biais de la photosynthèse et de l’humus des feuilles tombées. Les combinaisons biologiques sont immenses mais il y a aussi des incompatibilités insurmontables : un sapin ne peut se transformer en chêne ni un cerisier en poirier.

Conclusions pratiques

Cette approche formalisée par Marc Giget au cours des années 80 a été reprise dans un grand nombre d’entreprises comme Renault, Elf, Péchiney, Sollac ou Télémécanique. Ses principes ne cessent d’être redécouverts sous d’autres formes. Ainsi, Hamel et Prahalad insistent à juste titre sur le retour aux compétences fondamentales pour déterminer les orientations stratégiques.

Depuis une dizaine d’années, nous utilisons surtout la représentation des arbres de compétences comme outil de réflexion collective au sein des ateliers de prospective (cf fiche n• 3). Ils permettent d’enclencher un exercice de prospective stratégique aussi bien pour un territoire que pour une entreprise.

Bibliographie

- GIGET M., "Arbres technologiques et arbres de compétences. Deux concepts à finalité distincte", Futuribles, n•137, novembre 1989.
- Cahiers du LIPS n• 5 La boîte à outils de la Prospective Stratégique par Michel Godet en collaboration avec Régine Monti, Francis Meunier, Fabrice Roubelat.