Le développement durable

Comment le développement durable peut-il être réalisé pour tous ?

jeudi 30 décembre 2010

Le changement climatique menace le bien-être de l’humanité toute entière, mais particulièrement celui des populations pauvres qui sont pourtant celles qui ont le moins de responsabilités dans l’apparition du phénomène. Ces populations sont les plus vulnérables face au changement climatique car elles dépendent largement de l’agriculture et de la pêche et ne disposent pas des ressources financières et technologiques qui leur permettraient de faire face.

D’ici 2015, on estime que les mutations du climat auront réduit les récoltes de 30 % pour le blé et de 15 % pour le riz, cependant que les prix progresseront respectivement de 194 % et 121 %. Les synergies entre croissance économique et innovation technologique sont la principale locomotive du changement depuis 200 ans, mais si nous ne parvenons pas à adapter nos comportements économiques, environnementaux et sociaux, les 100 prochaines années pourraient être désastreuses. Nous avons besoin d’une stratégie de développement durable à l’échelle mondiale intégrant des politiques d’adaptation et de lutte contre le changement climatique.

Si la croissance durable n’est pas au rendez-vous, des milliards de personnes seront condamnées à la pauvreté et une bonne partie de la civilisation pourrait purement et simplement disparaître, ce qui serait un affreux gâchis dans la mesure où nous en savons déjà assez pour combattre le changement climatique tout en stimulant la croissance économique.

La concentration de CO2 dans l’atmosphère s’est accrue de 1,5 ppm chaque année entre 1970 et 2000, et de 2,1 ppm depuis 2000. L’an dernier, cette augmentation annuelle s’est encore accélérée, atteignant 3 ppm, si bien qu’en avril 2010, on enregistrait 392,4 ppm. En conséquence, le réchauffement climatique est encore plus rapide que dans les dernières projections du GIEC. Même les estimations les plus récentes sont potentiellement en dessous de la réalité, notamment parce qu’elles ne tiennent pas compte de la fonte du permafrost.

D’ici 2050, la population mondiale pourrait augmenter de 2,3 milliards de personnes et le revenu par individu pourrait plus que doubler, avec de terribles conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre.
L’Accord de Copenhague a abouti à une grande première : un consensus sur des objectifs de réduction des émissions de carbone vérifiables par la communauté internationale. Il met l’accent sur la coopération internationale pour limiter les émissions de CO2 à 450 ppm d’ici 2100 afin que la température mondiale n’augmente pas de plus de 2 °C d’ici 2100. Cependant, des scientifiques ont signalé que, bien qu’ambitieux, ces objectifs n’étaient pas suffisants pour maintenir la concentration en CO2 dans l’atmosphère sous la barre des 450 ppm.
On est en droit de penser que ces objectifs ne sont pas assez stricts et que pour éviter que le changement climatique ne s’accélère au point de devenir irréversible, nous devons abaisser la concentration en dioxyde de carbone à 350 ppm. Les glaciers fondent, les calottes glaciaires des pôles se réduisent comme peau de chagrin et les récifs coralliens meurent. 30 % des stocks de poissons ont d’ores et déjà disparu, tandis que 21 % des espèces mammifères et 70 % des espèces végétales sont menacées.
Chaque jour, les océans absorbent 30 millions de tonnes de CO2, ce qui augmente leur acidité. Le nombre de zones mortes (c’est-à-dire où l’oxygène est trop rare pour permettre la vie) double tous les dix ans depuis les années 1960. Les mangroves, marais d’eau de mer et prairies sous-marines représentent moins d’1 % des fonds marins, mais captent plus de la moitié du carbone piégé dans le plancher océanique. Les habitats de ces plantes disparaissent au rythme effrayant de 7 % par an. La consommation humaine de ressources naturelles est 30 % supérieure à la capacité de régénération de la nature. L’exploitation de ces écosystèmes rapporte entre 16 et 64 milliards de dollars, soit bien plus que les sommes allouées à leur protection.

Il est temps que les Etats-Unis et la Chine élaborent conjointement des objectifs et une stratégie de R&D sur 10 ans, en mettant l’accent sur les nouvelles technologies telles que les véhicules électriques, l’agriculture utilisant l’eau salée, la capture et la réutilisation du carbone, les satellites destinés à exploiter l’énergie solaire (un objectif national au Japon), les protéines animales autres que la viande, les trains à sustentation magnétique, l’écologie des systèmes urbains, sans oublier une intelligence collective en matière de changement climatique pour améliorer les décisions et assurer un suivi global (cf. chapitre 3).
Ces technologies devront s’accompagner d’autres mesures politiques stratégiques, notamment les taxes carbone, les systèmes « cap-and-trade » (marchés d’échanges de permis négociables), la lutte contre la déforestation, la réduction des inefficacités industrielles, la cogénération, la préservation, le recyclage et l’évolution des aides gouvernementales qui devront délaisser les carburants fossiles pour donner la priorité aux énergies renouvelables. L’Union européenne a apporté la preuve qu’il était possible de concilier croissance économique et réduction des gaz à effet de serre.

Les scientifiques réfléchissent à la création de « pare-soleil » spatiaux, à la possibilité d’ajouter de la poudre de fer dans les océans afin d’absorber le CO2, à la construction de tours capables d’absorber le CO2 présent dans l’air, aux possibilités de piéger le CO2 en sous-sol et à la réutilisation du carbone dans les centrales électriques. D’autres pistes sont également à l’étude : modifier les centrales thermiques au charbon pour qu’elles brûlent des mélanges moins polluants et qu’elles piègent les émissions de CO2, revoir à la hausse les normes en matière d’efficacité des combustibles ou encore promouvoir le végétarisme (l’élevage émet plus de gaz à effet de serre que les transports).
On pourrait également alourdir la fiscalité sur le carbone, les transactions financières internationales, la circulation en ville, les déplacements au sein d’un même pays et l’empreinte environnementale. Ces nouveaux impôts pourraient alimenter des dispositifs de financement public/privé internationaux au profit des technologies les plus prometteuses. Parallèlement, un énorme effort pédagogique via les films, programmes télévisés, chansons, jeux et compétitions les plus populaires est nécessaire afin d’éduquer les consciences.
Il est extrêmement difficile d’atteindre une unanimité sur ces sujets, et certains estiment que les forums alternatifs tels que le G20, le protocole de Montréal ou le Forum économique mondial constitueraient une plate-forme plus réaliste pour la gestion du changement climatique. Sans une stratégie globale en la matière, le mouvement écologiste pourrait s’en prendre à l’industrie des combustibles fossiles. On voit d’ailleurs apparaître les premiers éléments d’une jurisprudence qui permettrait d’engager des poursuites pour les dommages causés par les gaz à effet de serre.
L’an dernier, la 5e cour d’appel des Etats-Unis a validé l’action en justice d’un groupe de propriétaires du Mississipi qui attaquaient plus de 30 compagnies pétrolières, électriques et charbonnières de premier plan pour avoir contribué à la montée du niveau de la mer et, de ce fait, aux terribles destructions de l’ouragan Katrina. Les grandes compagnies de réassurance estiment que la perte économique induite par les mutations climatiques pourrait atteindre 300 milliards de dollars par an d’ici 2020.

Le changement climatique pourrait être alimenté par un ensemble de redoutables cercles vicieux : la neige et la glace fondues dans la toundra reflètent moins de lumière et absorbent davantage de chaleur, libérant alors plus de méthane, ce qui accentue le réchauffement climatique et accélère la fonte de la toundra ; le réchauffement des océans libère des hydrates de méthane en provenance du plancher océanique, ce qui augmente la température atmosphérique, d’où une fonte des glaces et un réchauffement des océans plus marqués et, donc, des dégagements d’hydrates de méthane plus importants ; l’utilisation des hydrates de méthane et toutes les actions perturbant le plancher océanique induisent une libération plus importante de méthane dans l’atmosphère, ce qui accélère le réchauffement climatique ; la calotte glaciaire du Groenland (qui représente 20 % des glaces mondiales) menace de glisser dans l’océan. On construit de plus en plus de centrales nucléaires, alors même qu’il n’y a pas de réponse satisfaisante aux questions touchant au risque d’accidents, à la gestion des déchets et au risque de détournement à des fins terroristes. On ne pourra s’estimer satisfaits du traitement de ce premier enjeu que lorsqu’on aura enregistré une augmentation du PIB vert combiné à une réduction de la pauvreté et des émissions de gaz à effet de serre sur 5 années consécutives.

CONSIDERATIONS REGIONALES

AFRIQUE : L’Afrique méridionale pourrait perdre plus de 30 % de sa production de maïs d’ici 2030 en raison du changement climatique. La déforestation accélère la désertification et l’érosion des sols, ce qui accentue encore la vulnérabilité du continent face au changement climatique. Des actions de reforestation, le développement d’une agriculture exploitant l’eau salée le long des côtes et la promotion de l’énergie solaire dans le Sahara pourraient alimenter une croissance durable soutenue.

ASIE ET OCEANIE  : La Chine est le n° 1 mondial en matière d’émissions de gaz à effet de serre, mais la moitié de cette envolée récente est imputable à la fabrication industrielle à destination des autres pays. Les nouvelles centrales thermiques chinoises, mieux pensées, réduisent la pollution par kwh produit. La Chine et l’Inde perdent respectivement 12 % et 10 % de leur PIB en raison des dégradations de l’environnement. L’agriculture est désormais le premier pollueur en Chine. La Chine répond à elle seule à 97 % de la demande mondiale en métaux rares, essentiels à la fabrication des produits verts de haute technologie tels que les panneaux solaires. Les émissions de gaz à effet de serre de l’Indonésie, troisième pays émetteur, pourraient augmenter de 57 % d’ici 2030, notamment en raison de l’industrie forestière et de la transformation d’écosystèmes naturels en terres agricoles ou en plantations industrielles. 40 % des récifs du Triangle de corail, qui recèle 75 % des espèces coralliennes mondiales et fait vivre plus de 100 millions de personnes dans la région, sont d’ores et déjà perdus. L’Australie pourrait se lancer dans l’échange de carbone dès 2011.

L’EUROPE  : Les émissions de gaz à effet de serres couvertes par l’ETS (système communautaire d’échange de quotas d’émissions) européen ont diminué de 11,6 % en 2009 du fait de la récession et des fluctuations du cours du gaz. L’UE est en passe de concrétiser l’objectif de 8 % de réduction fixé par le protocole de Kyoto, mais il n’est pas certain que ses membres parviennent à atteindre les 20 % de réduction visés pour 2020. L’Islande pense atteindre la neutralité carbone en 2025. Le marché mondial du carbone a atteint cette année 144 milliards de dollars, soit une hausse de 6 % par rapport à 2008. Sur ce montant, 118 millions sont à mettre au crédit de l’ETS. La France a abandonné l’idée d’une taxe carbone après que le Conseil d’Etat a déclaré une telle mesure anticonstitutionnelle. Le changement climatique pourrait profiter à l’agriculture russe et permettre une augmentation de sa production de l’ordre de 1,1 % si la température mondiale s’élevait de 2,5 °C.

L’AMERIQUE LATINE  : Bien que la déforestation de la partie brésilienne de l’Amazonie ralentisse, l’expansion de l’agriculture et du cheptel du pays, les incendies, la sécheresse et l’industrie forestière pourraient gravement atteindre, voire éliminer complètement, près de 60 % de la forêt équatoriale d’ici 2030, ce qui induirait un dégagement de CO2 compris entre 55,5 et 96,9 milliards de tonnes. L’Amérique du Sud abrite 40 % de la biodiversité mondiale et 25 % des forêts. Le débat entre agriculture orientée biocombustibles et agriculture alimentaire fait rage au Brésil, alors que de nouveaux gisements pétroliers sont découverts. La remise en cause des régimes fonciers et le morcellement des exploitations provoquent des dommages écologiques irréversibles dans la plupart des pays.

L’AMERIQUE DU NORD  : L’Accord de Copenhague, à l’initiative des Etats-Unis, comprend un engagement des pays les plus riches à consacrer 100 milliards de dollars au financement climatique d’ici 2020 et à verser 10 millions de dollars par an aux pays en développement sur la période 2010-2012 pour les aider à s’adapter au changement climatique et à réduire ses effets. Exxon investit 600 millions de dollars dans un projet de biocarburant à base d’algues. Les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 5,9 % entre 2008 et 2009, dépassant largement la baisse de 2,9 % de l’année précédente. En Alaska, la température du permafrost a augmenté de 4 à 7 °C en 100 ans, la moitié de cette hausse étant intervenue sur les 20 dernières années. Des données en provenance du nord de la vallée du Mackenzie, située dans le permafrost canadien, révèlent une augmentation de la température du permafrost de 1 °C à 20-30 mètres de profondeur depuis les années 1990.

Pour commander la version française du rapport annuel State of the Future 2010 , l’état du futur 2010 :http://www.lulu.com/browse/search.p...

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Emissions de CO2 dans le monde

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