L’éthique

Comment les considérations éthiques peuvent-elles être naturellement incorporées aux décisions globales ?

jeudi 30 décembre 2010

La crise financière mondiale a révélé l’étroit lien qui existe entre l’économie et l’éthique. Si des mesures transitoires prises rapidement ont permis d’arracher le monde à la récession, il n’est pas certain que la dimension morale ait été abordée comme il se doit pour éviter d’autres crises. Dans les sommets internationaux du G20 et d’autres forums mondiaux, les dirigeants tentent de trouver des accords internationaux permettant d’améliorer nos systèmes et de renforcer l’intégrité, la transparence et la responsabilité en matière financière.

Les 140 pays signataires de la Convention de l’ONU contre la corruption ne sont pas parvenus à un accord sur le mode de vérification du respect de ce traité. En conséquence, Transparency International et d’autres organisations proposeront un autre mécanisme de conformité en contactant les gouvernements sur leurs initiatives de lutte contre la corruption. Ils seront ensuite invités à présenter publiquement leurs résultats à la Conférence des parties à la Convention qui se tiendra en 2011.

Le Pacte mondial des Nations Unies, qui regroupe plus de 6 000 entreprises participantes, s’intéresse à l’éthique commerciale des multinationales. Il a renforcé la collaboration entre les ONG et les sociétés privées, élevé les exigences en matière de responsabilité sociale des entreprises et élargi les obligations en termes de rapports non financiers des entreprises dans de nombreux pays.

Bien que 1 800 entreprises aient été exclues pour n’avoir pas préparé de rapport sur leurs progrès, le Pacte mondial rallie plus de 100 nouvelles entreprises chaque mois. Si ce mouvement se poursuit, les quelques 70 000 multinationales constitueront assurément une force de promotion de l’éthique.

La Cour pénale internationale enregistre des succès en matière de jugement des dirigeants politiques. Ses procès sont diffusés sur le Web. Les médias de tous types, blogs, caméras de téléphone mobile, commissions d’éthique et ONG s’exposent de plus en plus à des décisions contraires à l’éthique et à des trafics d’influence.

Même si la responsabilité collective en matière d’éthique mondiale de la prise de décision est à peine naissante, elle s’accroît. Les programmes de responsabilité sociale, le marketing social et l’investissement social gagnent du terrain. L’éthique mondiale se traduit également par l’évolution des normes ISO et les traités internationaux qui définissent les normes de la civilisation.

Dans le même temps, entre 12 et 27 millions de personnes sont tenues en esclavage – c’est plus que durant l’apogée de la traite des esclaves au XIXe siècle.

La Banque mondiale estime le montant des pots-de-vin annuels dans le monde à plus de 1 000 milliards de dollars et le crime organisé rapporte de 2 000 à 3 000 milliards de dollars chaque année. Par ailleurs, on s’inquiète de plus en plus des liens entre le crime organisé et le terrorisme, qui constituent à long terme une menace pour la démocratie. Parallèlement, des informations et divertissements futiles saturent l’esprit de citoyens qui se retrouvent face à des produits superflus et à des comportements amoraux.

Certains experts affirment que le monde se dirige vers une certaine « singularité ». Autrement dit, nous vivons dans une époque où les évolutions technologiques sont si grandes et si rapides que nous sommes incapables de concevoir la vie au-delà de 2025.

Cette accélération des changements technologiques semble dépasser la plupart des individus et institutions, d’où les incertitudes d’ordre éthique. Avons-nous le droit de nous cloner ou de réécrire des codes génétiques pour créer des milliers de nouvelles formes de vie ? Est-il sage d’effectuer des modifications génétiques chez les humains et de créer ainsi des futures générations d’une autre espèce ? Quiconque le souhaite a maintenant le droit de pratiquer des expériences génétiques dans un laboratoire domestique pour créer de nouvelles formes de vie, et ce en l’absence d’une quelconque protection des gouvernements ou des laboratoires commerciaux.

La mondialisation et les technologies avancées permettent à un petit nombre de causer des dégâts à plus grande échelle en un temps minime. Il n’est donc pas exclu qu’un jour, un seul individu puisse fabriquer et faire exploser une arme de destruction massive. C’est pourquoi le développement psychologique sain de tous les enfants doit être la préoccupation de tous.

Bien que ces observations ne soient guère nouvelles, les ignorer aujourd’hui risque de s’avérer bien plus grave à l’avenir que cela ne l’aurait été dans le passé.

Les nouvelles technologies permettent aussi à plus de citoyens d’œuvrer pour le bien de tous, en organisant par exemple des actions mondiales autour de problèmes éthiques précis grâce à Internet. La volonté morale derrière des collaborations transfrontalières, institutionnelles, religieuses et idéologiques – indispensable pour relever les défis actuels – doit répondre à une éthique mondiale.

La moralité publique qui repose sur la métaphysique religieuse est mise à mal quotidiennement par une laïcité de plus en plus répandue, laissant de nombreux doutes sur le rôle de la morale dans la prise de décisions. Cette situation a été aggravée pour certains comme l’Eglise catholique avec les abus sexuels de nombreux prêtres. Hélas, les religions et les idéologies qui revendiquent leur supériorité morale engendrent une dichotomie entre le « ils et le nous ».

La Déclaration universelle des droits de l’homme continue d’influer sur les discussions d’éthique mondiale et sur les décisions malgré les divisions religieuses et idéologiques. L’Observatoire mondial d’éthique de l’UNESCO consiste en une série de bases de données relatives aux institutions spécialisées dans l’éthique, à l’enseignement, aux codes de contact, aux experts, etc.

L’UNESCO et la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies ont organisé des réunions sur des questions liées à l’éthique du changement climatique et évalué le bien-fondé de la création d’une Déclaration universelle des principes éthiques liés au changement climatique.

Le système de plafonnement et d’échange pose ces questions d’éthique : une population doit-elle être autorisée à payer une autre population pour avoir le droit de polluer ? De même, est-il normal que les essais pharmaceutiques se fassent de plus en plus dans des pays pauvres où les règles sont moins strictes et les coûts moins élevés ?

Les médias dédiés au divertissement devraient promouvoir des slogans du type « Prenez des décisions qui sont bonnes pour moi, pour vous et pour le monde ».

Il faut trouver des motivations plus fortes pour intégrer l’éthique aux décisions globales, favoriser l’accord/le contrôle parental pour donner aux enfants un sens des valeurs, encourager le respect des autorités compétentes, soutenir l’identification et le succès de l’influence des modèles, mettre en œuvre des stratégies économiques destinées à l’éducation afin d’instruire davantage les habitants de la planète et faire en sorte de mettre en adéquation les comportements des individus et les valeurs en lesquelles ils disent croire.

La promotion de l’éducation spirituelle doit s’accompagner d’une juste prise en compte des nouveaux pouvoirs que les progrès technologiques offrent à l’humanité.

Le quinzième enjeu sera sous contrôle quand la corruption aura diminué de moitié par rapport à l’estimation 2006 de la Banque mondiale, lorsque les normes éthiques des entreprises seront respectées au niveau international et feront l’objet d’audits réguliers, lorsque la quasi-totalité des étudiants recevront des cours portant sur l’éthique et la citoyenneté responsable et que tout le monde reconnaîtra que l’éthique mondiale transcende les religions et les nationalités.

CONSIDERATIONS REGIONALES :

AFRIQUE : Selon un responsable de la Banque mondiale, aujourd’hui à la retraite, la plupart des unités de lutte contre la corruption des gouvernements subissent des attaques et leurs responsables sont assassinés.

Malgré tout, le Réseau africain sur l’éthique des entreprises continue de prendre de l’essor, avec de plus en plus de conférences, de recherches et de publications. L’unité de la police sud-africaine « les Scorpions », qui combattait le crime organisé et la corruption depuis 1999, a été dissoute. Dans huit pays africains ayant fait l’objet d’une enquête de Transparence International, 20 % des personnes interrogées ayant été en contact avec le système judiciaire affirment avoir déjà payé un pot-de-vin.

ASIE ET OCEANIE  : Le Centre asiatique de ressources juridiques a tenu une réunion régionale pour que les participants puissent faire partager leurs méthodes de lutte contre les cultures de corruption endémiques en Asie et pour mettre en place une Commission indépendante de lutte contre la corruption.

Certains estiment que l’urbanisation et la croissance économique sont si rapides qu’il est difficile de prendre en compte l’éthique mondiale. D’autres se disent qu’il n’existe pas d’éthique commune au monde entier et soutiennent que la poursuite d’un tel objectif est une notion purement occidentale.

EUROPE : Le nouveau programme anti-corruption de la Russie a porté des milliers d’affaires de corruption devant la justice. Plusieurs centaines de condamnations ont été prononcées contre des responsables publics et des représentants de l’ordre.

Pourtant, en 2009, Transparency International a classé la Russie (sur 22 pays) en tête des pays les plus corrompus. Un tribunal allemand a condamné des cadres de Siemens pour avoir dépensé 1,7 milliard de dollars en pots-de-vin entre 2000 et 2006.

A la suite de cette décision, l’entreprise Siemens a annoncé qu’elle constituerait un fonds de 100 millions de dollars au bénéfice d’ONG qui « œuvrent en faveur de l’intégrité des entreprises et luttent contre la corruption ».

Le Réseau européen de l’éthique rassemble les efforts du continent pour renforcer l’intégration de l’aspect éthique dans la prise de décisions. Le processus d’intégration européenne contribue à l’établissement de normes éthiques. Cependant, une immigration non européenne toujours plus importante confronte le continent à de nouveaux défis.

AMERIQUE LATINE  : L’Argentine a ouvert un Musée de la mémoire des droits de l’homme afin de promouvoir la justice et de veiller à ce que les atrocités perpétrées par les gouvernements militaires durant la guerre froide appartiennent définitivement au passé.

On repense sans cesse les constructions de l’histoire, la mémoire et l’identité pour soigner le traumatisme du pays. De plus en plus de formations universitaires en matière d’éthique d’entreprise sont disponibles en Amérique latine. Grâce à son Initiative interaméricaine de capital social, éthique et développement, la Banque interaméricaine de développement travaille au renforcement des valeurs éthiques de la région.

AMERIQUE DU NORD  : L’éthique professionnelle a progressé aux Etats-Unis grâce à de nouvelles politiques de lutte contre la crise financière mondiale et aux réformes du marché des produits financiers dérivés.

Mais ces progrès sont également le fruit de diverses mesures : réforme de la santé, suppression de la torture, fermeture prochaine du centre de détention de Guantanamo et accord américano-russe sur la réduction substantielle des arsenaux nucléaires stratégiques.

En Octobre 2009, Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts en faveur d’une « diplomatie internationale renforcée et
d’initiatives pour la coopération entre les peuples ».

Néanmoins, il n’existe toujours pas de moyen qui fasse l’unanimité pour éradiquer l’argent sale du monde politique et des suffrages électoraux, des relations de « copinage » pouvant exister entre les organismes de contrôle et les entités contrôlées.

Pour commander la version française du rapport annuel State of the Future 2010 , l’état du futur 2010 :http://www.lulu.com/browse/search.p...

Figure 8. Corruption des gouvernements (Brésil, Allemagne, Nigéria)
(N.B. : plus l’indice est élevé, plus le niveau de corruption est faible.)

Source : chiffres du Projet Millénium, calculés à partir des données de Transparency International