L’écart entre les riches et les pauvres

Comment aider les économies de marché éthiques à réduire le fossé entre les riches et les pauvres ?

jeudi 30 décembre 2010

D’après le FMI, l’économie mondiale s’est contractée de 0,6 % en 2009, le revenu par individu a diminué d’environ 2 % pour s’établir à 10 500 dollars et le chômage a atteint les 9 %. Pourtant, le monde semble en passe de réussir à faire reculer la pauvreté de moitié sur la période 1990-2015 (sauf pour l’Afrique sub-saharienne).

Si la crise et la récession n’étaient pas passées par là, l’économie mondiale aurait progressé de 7 % et 90 millions de personnes ne seraient pas tombées dans la pauvreté extrême d’ici fin 2010.

Pour 2010, le FMI s’attend à une croissance de l’ordre de 4,2 %. Le monde en développement est la locomotive de cette reprise, avec des taux de croissance estimés à 6,3 % en 2010 et 6,6 % sur 2010-2013 quand les économies développées devront se contenter de 2,3 % et 2,4 %. La contribution de la zone BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) au PIB mondial en 2009 dépassait les 23,5 % et l’explosion des classes moyennes dans les pays en développement ouvre de nouveaux marchés.

A l’horizon 2015, le FMI prévoit un taux de chômage de 6,2 % dans les économies avancées et de 5,4 % dans les pays émergents ou en développement. La Banque mondiale estime que le nombre de personnes vivant avec moins d’1,25 dollar par jour pourrait être d’environ 1 milliard en 2015 et 826 millions en 2020, alors que, pour les mêmes dates, 2,06 milliards et 1,9 milliard de personnes vivront avec moins de 2 dollars par jour.

En 2009, les pays membres du Comité d’Aide au Développement (CAD) ont versé 120 milliards de dollars au titre de l’Aide Publique au Développement (APD), un chiffre qui devrait atteindre 126 milliards en 2010. Les fonds en provenance de l’étranger représentent 20 % du PIB dans certains pays. Ils ont reculé d’environ 6 % en 2009, s’établissant à 317 milliards, et devraient progresser de 2 % en 2010.

La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) s’attend à une reprise de l’investissement direct étranger (IDE) qui devrait passer d’1 trillion de dollars en 2009 à 1,8 trillion en 2011. Si l’IDE en provenance des pays développés continue à reculer (-41 % en 2009), l’IDE entre pays en développement (Sud-Sud) est en plein essor. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) estime que le commerce mondial devrait gagner 9,5 % en 2010, après une baisse de 12,2 % en 2009.

En 2011, la balance commerciale des pays émergents et en développement pourrait atteindre un excédent de 663,5 milliards de dollars alors que celle des économies développées pourrait encore reculer pour s’établir à -423,9 milliards. D’ici 2015, le solde des pays émergents et en développement devrait progresser jusqu’à 769 milliards de dollars. La combinaison haute technologie/bas salaires qui caractérise la Chine et l’Inde rend la concurrence des autres pays en développement très difficile ; ils devraient donc repenser leurs stratégies basées sur l’exportation.

Les déséquilibres structurels du commerce mondial doivent être corrigés pour garantir une concurrence équitable, le respect des droits de l’homme, la conformité aux normes en matière d’emploi et d’environnement ainsi qu’une gestion efficace du bien commun et la prévention des monopoles. Des ajustements de la politique monétaire chinoise pourraient aider d’autres pays dans leur développement économique et leur accès aux marchés internationaux.

Si 37,5 % de la population active se consacre à l’agriculture, celle-ci ne représente que 6 % du PIB. D’après le Programme de Développement des Nations Unies (PDNU), si l’OMC cessait de tenir compte des aides aux exportations agricoles, les pays en développement gagneraient 72 milliards de dollars par an. Depuis 1976, des organismes de microfinance ont accordé des prêts à plus de 133 millions de clients de par le monde. Le financement du secteur privé par les Banques Multilatérales de Développement (BMD) est passé de moins de 4 milliards de dollars il y a 20 ans à 40 milliards en 2009, alors que la Société financière internationale (IFC) a investi 14,5 milliards de dollars dans des sociétés privées de pays en développement. Toutefois, des cellules antitrusts renforcées, des réglementations plus simples et une fiscalité plus avantageuse sont indispensables pour le développement des PME.

Dans les pays où les marchés sont plus ou moins libres, les directions des gouvernements centraux et les entreprises privées, individuelles et décentralisées, se font concurrence pour sortir les masses de la pauvreté. De nouveaux indicateurs pour mesurer le progrès et le développement économique sont mis au point pour aider les dirigeants à abandonner les stratégies basées sur les bénéfices immédiats au profit d’une approche viable sur la durée. Le monde a besoin d’un plan stratégique à long terme pour un partenariat planétaire entre riches et pauvres afin d’améliorer la sécurité économique et de créer 50 millions d’emplois par an pendant les 10 prochaines années dans les pays en développement. Ce plan devra exploiter les forces des marchés libres et se fonder sur des règles d’éthique mondiales.

L’avènement d’économies de marché éthiques implique différents pré-requis : commerce plus équitable, liberté économique accrue, contexte stable garanti par un système judiciaire satisfaisant et par des gouvernements garants de la stabilité politique, opportunité de participer aux décisions locales en matière de développement, mesures incitatives pour pousser les entreprises à respecter les objectifs sociaux et environnementaux, climat d’investissement sain et enfin, accès à la terre, aux capitaux et à l’information.

Pour lutter contre les effets de la fuite des cerveaux, une piste intéressante consisterait à utiliser divers systèmes basés sur Internet pour connecter les spécialistes expatriés au processus de développement local. L’assistance technique pour passer à de nouvelles activités via la formation à distance et le télétravail devrait s’accompagner de mécanismes de microcrédit pour que les intéressés cherchent des débouchés plutôt que d’hypothétiques emplois.
Ce septième enjeu sera sous contrôle quand les excès des économies de marché et la corruption par des entreprises ou des gouvernements feront systématiquement l’objet de poursuites et que les inégalités (quelle que soit la définition qu’on en donne) reculeront pendant 8 années sur 10.

CONSIDERATIONS REGIONALES

AFRIQUE  : Malgré certains progrès, près de 50 % de la population en Afrique sub-saharienne vit dans une pauvreté extrême et ce chiffre ne devrait pas passer sous les 30 % avant 2020. En 2009, l’Aide Publique au Développement (APD) bilatérale nette en direction de l’Afrique se montait à 27 milliards d’euros, dont 24 milliards pour l’Afrique sub-saharienne. Toujours pour l’Afrique sub-saharienne, on attend une croissance du PIB de l’ordre de 4,7 % en 2010 et de 5,9 % en 2011. L’évolution rapide de l’alliance sino-africaine est une nouvelle donnée géopolitique qui pourrait réduire les écarts de revenus pour les deux partenaires. Le commerce chinois en direction de l’Afrique a été multiplié par 10 au cours des 10 dernières années, dépassant les 107 milliards de dollars, et la Chine s’est engagée à verser pour 10 milliards de prêts aux pays africains en développement pour l’année 2010. Toutefois, le développement de la région reste freiné par un taux de natalité très élevé, des infrastructures insuffisantes, des coûts indirects importants, la corruption, les conflits armés, une mauvaise gouvernance, la dégradation de l’environnement, la désertification, le changement climatique, des conditions sanitaires déplorables et le manque d’éducation.

ASIE ET OCEANIE  : L’Asie est en passe de devenir le leader de l’économie mondiale. Les pays en développement devraient connaître une croissance annuelle supérieure à 8,5 % sur les cinq prochaines années, avec au premier rang la Chine qui devrait tourner autour de 10 %. En 2009, la Chine a généré 12 % du PIB mondial et, à l’horizon 2025, elle pourrait représenter 43 % du PIB de l’Asie, cependant que la part du Japon reculerait de 41 % à 20 %. Le Japon est le seul pays de l’OCDE à avoir vu son niveau de pauvreté absolue augmenter sur les vingt dernières années. La Chine est devenue le premier exportateur et la deuxième économie au niveau planétaire, mais plus de 200 millions de Chinois vivent toujours dans une pauvreté extrême.

En Inde, malgré un mieux, l’accroissement de la population a porté le nombre de pauvres à 456 millions. L’augmentation de la population, des problèmes d’eau et d’énergie ainsi que les disparités entre riches et pauvres compromettent l’avenir de la croissance économique dans les pays en développement de l’Asie. La corruption, le crime organisé et les conflits continuent de freiner le développement en Asie centrale. Les catastrophes naturelles et les effets du changement climatique menacent le développement et l’existence même de communautés entières dans la région pacifique.

EUROPE : L’UE est le 1er investisseur et bénéficiaire en matière d’investissement directs étrangers (IDE). Au sein de l’Union, l’IDE en provenance des 15 membres historiques et destiné aux nouveaux membres est particulièrement dynamique, ce qui dope l’intégration. Bien qu’une reprise de l’économie soit attendue en 2010, le chômage dans la zone euro ne devrait pas passer sous la barre des 10,5 % pour 2010-2011. Dans de nombreux pays européens, les coupes dans les dépenses sociales risquent fort d’accroître les inégalités. Le mécanisme européen de stabilisation soutiendra financièrement les pays de la zone euro rencontrant des difficultés et défendra la stabilité de la monnaie unique, tandis que la stratégie des pays de l’Union Européenne à l’horizon 2020 crée les conditions qui devraient stimuler la croissance.

Toutefois, pour que ces stratégies fonctionnent, elles devraient davantage tenir compte des capacités locales et régionales. La combinaison de populations vieillissantes, d’une classe moyenne qui se réduit dans certains pays et de services publics très coûteux n’est pas viable sans un recours à l’immigration et une augmentation des télé-entrepreneurs parmi les retraités européens. La Russie a subi de plein fouet les crises économiques mondiales de 2008-2009 du fait de l’effondrement du cours des matières premières et le programme gouvernemental lancé en 2007 pour renforcer le secteur des hautes technologies ne donne pour l’heure que des résultats mitigés.

AMERIQUE LATINE  : La région a bien résisté à la crise financière, en dépit d’une diminution de 42 % des investissements directs étrangers (IDE) et de 15 % des fonds en provenance de l’étranger pour 2009. L’économie de la zone devrait connaître une croissance annuelle de 4 % entre 2010 et 2015, mais 39 millions de personnes pourraient se retrouver sous le seuil de pauvreté national d’ici fin 2010. D’une manière générale, les pays d’Amérique du Sud sont plus néo-populistes, alors que le Mexique, l’Amérique centrale et la zone Caraïbes tendent vers le néolibéralisme. Les approches pour réduire les disparités de revenus sont donc différentes. Les deux modèles doivent toutefois attirer l’investissement technologique, améliorer l’accès aux outils de production, modifier les régimes fonciers et inciter les multinationales à augmenter les salaires pour réduire l’écart entre les riches et les pauvres.

AMERIQUE DU NORD  : En avril 2010, le taux de chômage était de 8,1 % au Canada et de 9,9 % aux Etats-Unis. La dette publique américaine pèse environ 13 milliards de dollars et la dette totale dépasse les 55,7 milliards, la pauvreté touchait 13,2 % de la population en 2009 et, mi-2010, plus de 40 millions d’Américains (1 sur 8) bénéficiaient du programme de bons alimentaires. Les six plus grandes banques américaines contrôlent 63 % du PIB des Etats-Unis et ont distribué 149 milliards de dollars de bonus et autres primes en 2009. De nouvelles réglementations fiscales renforceront le contrôle du gouvernement sur le système bancaire et les marchés financiers.

Pour commander la version française du rapport annuel State of the Future 2010 , l’état du futur 2010 :http://www.lulu.com/browse/search.p...

Figure 5. Part de la population vivant avec moins d’1,25 dollar par jour (%, scénario de sortie de crise)

Source : Indicateurs du développement et Rapport de suivi mondial 2010 de la Banque mondiale

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Une inégalité croissante

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