Interview de Philippe Mirenowicz

© La Lettre du Cadre Territorial

samedi 8 janvier 2005

Philippe Mirenowicz est directeur du GERPA, groupe d’études ressources prospectives aménagement, et professeur associé au CNAM, cours de troisième cycle « Prospective territoriale : méthodes et pratiques ».
Voici son interview « Prospective territoriale contre fatalisme » parue dans La Lettre du Cadre Territorial
n°283 - 15 octobre 2004.

Pouvez-vous définir ce qu’est la prospective territoriale ?

L’idée centrale inhérente à la prospective est que l’avenir n’est pas une fatalité, qu’il se construit pas à pas, qu’il est moins à découvrir qu’à inventer. La prospective s’efforce donc de réduire l’incertitude face à l’avenir, de décrypter et de conjoncturer les futurs possibles, puis de faire émerger la vision d’un futur souhaitable, ainsi que la trajectoire pour y parvenir. Appliquée à l’élaboration d’un projet de territoire, la prospective territoriale apparaît bien comme la réponse la plus adéquate contre le fatalisme et le pessimisme ambiants, comme l’instrument privilégié pour aider à la compréhension de la complexité croissante du présent, pour repérer les tendances lourdes et les signaux porteurs de sens, pour anticiper les mutations des valeurs sociétales, enfin, pour en déduire les conséquences en termes de développement (durable).

Quels sont les principaux apports de la prospective stratégique pour les territoires ?

Toutes les collectivités territoriales sont confrontées à la mise en œuvre de projets de territoire, qui supposent de mener de front :

-  Une démarche prospective : tout projet de territoire passe par l’anticipation et la reconnaissance d’un scénario représentatif d’un futur désiré, grâce auquel les acteurs locaux vont identifier eux-mêmes les défis nouveaux et définir collectivement leur vision souhaitable quant à l’avenir.
-  Une approche stratégique : l’une des conséquences de la reconnaissance de l’incertitude quant à l’avenir, c’est la nécessité de la stratégie (aucun territoire ne peut plus conduire l’avenir en pilotage automatique), l’état futur d’un territoire étant tributaire de stratégies d’action innovantes qui restent à imaginer, tout en dépendant en retour des anticipations sur la vision du futur souhaité.
-  Un processus participatif : la prospective propose un cadre organisé d’échanges avec les forces vives d’un territoire, au travers de mécanismes d’animation, de concertation, d’aide à la décision, en vue d’améliorer et de légitimer, enjeu central de toute démarche prospective, la qualité de la décision publique et de se préparer à la conduite du changement.

On assiste à une montée en puissance des démarches prospectives territoriales : comment expliquez-vous ce phénomène et comment le renforcer ?

Toutes les régions françaises ont au moins un grand exercice prospectif à leur actif et sur le front des démarches contractualisées à forte dimension prospective : chartes de pays, contrats d’agglomération, agendas 21, Scot... Si l’attitude prospective paraît irréversiblement ancrée dans les pratiques locales, de nombreux territoires sont « entrés » en prospective sans forcément posséder les bases conceptuelles et méthodologiques requises pour mener à bien, de manière rigoureuse et étayée, ce type d’approche, dont le caractère innovant participe depuis 10 ans au renouveau de la gestion publique et à son mouvement de réinvention.

L’un des priorités pour améliorer ces démarches serait d’acculturer aux savoir-faire et méthodes désormais fiables de la prospective, de nouveaux réseaux d’acteurs, en mettant des moyens de formation, quasi inexistants à ce jour, au service des techniciens de la fonction publique territoriale, voire des acteurs locaux eux-mêmes. C’est pour répondre à ce besoin urgent que Michel Godet, dans le cadre de la chaire de prospective du CNAM, m’a confié la tâche de dispenser un cours spécialement dédié à la prospective territoriale.

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