Globalisation de la technologie de l’information

Comment la globalisation et la convergence des technologies de l’information et de communications peuvent-elles fonctionner pour chacun ?

jeudi 30 décembre 2010

Près de 30 % de l’humanité est connectée à Internet qui, d’un référentiel d’informations passif (Web 1.0), est devenu un système participatif façonné par ses utilisateurs (Web 2.0) et évolue actuellement vers le Web 3.0, un partenaire plus intelligent capable d’appréhender la signification des connaissances qu’il contient et de s’en servir pour bâtir un raisonnement.

Avec 5 milliards d’abonnés à la téléphonie mobile, la chute des prix des périphériques de type iPhone et la multiplication des transmetteurs multimédias et autres capteurs dans les bâtiments, on peut raisonnablement imaginer que la majorité de la population mondiale (désormais urbaine) fera l’expérience d’une informatique omniprésente et finira par passer le plus clair de son temps dans une réalité « assistée par ordinateur ». Les périphériques mobiles sont devenus de véritables compagnons électroniques regroupant ordinateur, GPS, téléphone, appareil photo, projecteur, lecteur audio, téléviseur, et une bibliothèque « consciente » de son environnement.

Des réseaux sociaux auto-organisés viennent compléter la gestion traditionnelle des catastrophes naturelles, la recherche scientifique et la surveillance de l’environnement. Ces nouvelles formes de démocratie transnationale donnent naissance à une conscience internationale et à des actions sans précèdent. Ces systèmes ouverts semblent une réponse naturelle face à une complexité galopante échappant totalement au contrôle des instances traditionnelles. Le modèle « sans propriétaire » des logiciels open source pourrait devenir un élément important dans l’évolution du système économique.
L’une des prochaines « révolutions » pourrait être l’émergence d’intelligences collectives (à l’échelle d’une problématique, d’une société ou d’un pays) qui déboucheraient sur un nouveau type d’entités de taille à s’attaquer aux problèmes et de saisir des opportunités sans passer par une direction conventionnelle.

L’intelligence collective peut être envisagée comme un ensemble de synergies en perpétuelle évolution entre des individus, des logiciels et des informations capables d’apprendre en permanence pour produire des connaissances parfaitement actualisées, lesquelles permettent à leur tour des décisions plus avisées que si elles ne s’étaient basées que sur un seul de ces éléments. Les flux de communication en temps réel permettent de passer plus vite de la prise de conscience aux décisions qui en découlent.
Toutefois, l’explosion des vidéos en streaming sur Internet mobilise énormément de bande passante, et il faudra revoir notre copie pour répondre à la demande en la matière. Des entreprises créent des bureaux ou tiennent des réunions dans Second Life ou dans d’autres univers virtuels qui concurrencent désormais la réalité matérielle. Wikipedia est devenue l’encyclopédie la plus populaire au monde, malgré les problèmes de fiabilité des informations présentées et de campagnes de désinformation, et de plus en plus de personnes profitent du « cloud computing » ou informatique dans le nuage pour stocker leurs données et logiciels sur des serveurs distants reliés par Internet plutôt que sur leur poste de travail personnel.

Le Net a également créé un autre « monde virtuel » à la croisée de la télévision, du cinéma, de la photographie, de la musique et de la diffusion sur le Web (par ex. YouTube), si bien que les images et performances circulent désormais de façon fluide sur ces différents médias. (Sans oublier les quelques 14 000 stations de radio sur le Net.) Internet a également généré un monde d’informations reliant journaux, magazines, blogs et recherches sur le Web, actualités télévisées, livres et bibliothèques.

Toutefois, les questions que cette évolution soulève en termes de propriété intellectuelle restent sans réponse et les gouvernements peinent à contrôler les contenus dangereux. L’humanité, les infrastructures bâties et une informatique omniprésente créent un continuum de conscience et de technologie où se retrouvent tous les comportements humains, de la philanthropie au crime organisé.
Les ordinateurs, relativement bon marché, supplantent les armes coûteuses en tant qu’instrument de pouvoir dans une guerre asymétrique. Le cyberespace devient également le théâtre d’affrontements entre des intérêts commerciaux concurrents ou des adversaires idéologiques, mais aussi entre les cybercriminels et la police. Nous devrons complètement repenser le système si nous voulons que les populations puissent ajouter foi aux informations qui leur sont présentées. Nous devons apprendre à lutter contre de nouvelles formes de guerre de l’information qui pourraient, si elles ne sont pas contrées, jeter le discrédit sur toutes les formes d’information du cyberspace.

Dans le même temps, des relais Internet avec transmission sans fil poussent dans les villages les plus reculés, des téléphones mobiles avec accès Internet sont conçus pour les étudiants et les professionnels des tranches aux revenus les plus faibles et des programmes innovants voient le jour pour connecter les 2 milliards de personnes les plus pauvres à ce nouveau centre névralgique d’une civilisation en pleine évolution.
Les réseaux sociaux ont dynamisé la conscience politique et le pouvoir populaire tandis que les systèmes d’e-gouvernement permettent aux citoyens de recevoir de précieuses informations de la part de leurs dirigeants, de leur donner leur avis et d’effectuer des démarches plus rapidement et sans risque de se trouver face à des interlocuteurs corrompus. Les systèmes d’e-gouvernement sont une réalité dans la plupart des pays - les Nations Unies effectuent des évaluations comparatives de l’état du e-gouvernement pour leurs 191 Etats-membres depuis 2003.
Les pays en développement et l’aide étrangère devraient faire d’un accès à plus haut débit une priorité nationale car cela faciliterait l’utilisation d’Internet pour connecter les experts originaires de ces pays basés à l’étranger avec le processus de développement sur place, permettrait d’améliorer son utilisation à des fins éducatives ou commerciales et de démocratiser l’e-gouvernement et d’autres formes de développement. Ce 6e défi sera relevé quand l’accès gratuit à Internet et à une éducation élémentaire à distance sera une réalité universelle et quand la télémédecine sera proposée partout dans le monde.

CONSIDERATIONS REGIONALES

AFRIQUE : Selon worldinternetstats.com, le taux de pénétration d’Internet en Afrique est de 8,7 %, soit une hausse de 55 % par rapport à l’an dernier. De nouveaux câbles en fibre optique permettent de réduire les coûts tout en gagnant en rapidité. Près de 37 % de la population africaine dispose d’un téléphone mobile. Le Nigeria a lancé une campagne de lutte contre la cybercriminalité qui s’est soldée par 18 arrestations. Le Kenya mène un projet de « villages numériques » et une société y a d’ores et déjà implanté 500 centres. Les fonctionnaires et professionnels de santé et d’éducation africains sont décimés par le virus du SIDA, ce qui appelle l’essor de l’éducation à distance, de la télémédecine et de l’e-gouvernement.

ASIE ET OCEANIE  : L’Asie représente la majorité des internautes (42 %) mais le taux de pénétration n’y est que de 20 %. La Chine compte environ 400 millions d’internautes et près de 250 millions de téléphones mobiles connectés à Internet. Les gouvernements chinois, vietnamien, turc et iranien ont renforcé leur contrôle sur l’accès à Internet. D’après les Nations Unies, la Corée du Sud reste le plus gros utilisateur d’Internet, ce qui doit être mis en parallèle avec le problème d’addiction aux jeux vidéo que rencontre le pays. Les blogs et réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance dans la vie publique indonésienne, au point d’inquiéter sérieusement le pouvoir en place. Au Bangladesh, quelque 300 000 personnes apprennent l’anglais grâce à la BBC. En Corée du Nord, il existe un trafic de téléphones utilisés pour alerter l’étranger sur la situation dans le pays. L’Inde met actuellement en place des postes d’e-gouvernement dans les villages ruraux. Les Iraniens ont utilisé leurs téléphones mobiles pour se connecter à Twitter et s’informer sur la controverse qui a entouré les élections de 2009.

EUROPE : Plus de 65 % de la population de l’Europe des 27 avait accès à Internet en 2009. En Finlande, une politique nationale vise à connecter les populations les plus pauvres de la planète à la société de l’information et le haut débit à 1 Mo/s est devenu un droit fondamental pour tous. Le programme communautaire « Internet plus sûr » (« Safer Internet) opère dans 26 pays européens pour lutter contre la pornographie enfantine, la pédophilie et le cyber-harcèlement. La Moldavie et l’Ukraine sont perçues
comme des paradis pour cybercriminels. De nombreux parlements régionaux russes diffusent leurs débats sur le Net. La Russie a également mis en place un portail d’e-gouvernement pour éviter à ses citoyens de devoir patienter pendant des heures dans les administrations. Le Belarus tient Internet d’une main de fer. Selon la politique de l’UE, l’accès à Internet est un droit dont peuvent toutefois être privés ceux qui en font mauvais usage. La Macédoine fournit des ordinateurs à 22 000 enseignants du CP à la 4e, et à tous du CP au CE2. Dès 2011, les Estoniens pourront utiliser leurs téléphones portables pour voter.

AMERIQUE LATINE  : Environ 32 % de la population utilise Internet. Aujourd’hui, 1,5 million d’enfants ont accès à Internet dans la région, mais ils seront 30 millions en 2015. L’Uruguay est le premier pays à fournir à tous les élèves du primaire un ordinateur portable avec connexion Internet. Pour que les populations puissent tirer pleinement parti de ces outils, il faudra porter une attention particulière à la formation. Internet s’est révélé particulièrement utile après le tremblement de terre en Haïti. Des câbles en fibre optique sont actuellement posés pour relier Cuba au Venezuela.

AMERIQUE DU NORD  : Bien que 63 % des adultes aux Etats-Unis disposent d’une connexion Internet à la maison (+15 % par rapport à 2008), la nation est passée de la 18 e à la 22 e place en termes de débit. Le développement du haut débit dans les zones rurales ou mal desservies a été freiné par la crise financière. D’après la U.S. Computer Emergency Readiness Team, les cyber-attaques visant les réseaux informatiques du gouvernement ont augmenté de 60 % en 2009. Le gouvernement américain a mis en place deux nouvelles instances : le National Cybersecurity and Communications Integration Center for government cyber security (centre national pour l’intégration des communications et la cyber-sécurité) et le U.S. Cyber Command for military coordination and security (cyber-Etat-major américain pour la coordination militaire et la sécurité).

Pour commander la version française du rapport annuel State of the Future 2010 , l’état du futur 2010 :http://www.lulu.com/browse/search.p...