Capacité de décision

Comment améliorer la capacité de décision afin de changer la nature du travail et des institutions ?

jeudi 30 décembre 2010

Le nombre et la complexité des choix sont tels qu’on a aujourd’hui l’impression que nos capacités décisionnelles ne suffisent plus. L’accélération des changements réduit le laps de temps entre le moment où nous prenons conscience qu’une décision est requise et celui où nous devons trancher en espérant avoir fait le bon choix.

Le défi abordé dans ce chapitre montre que notre monde se caractérise par des interdépendances et des interactions de plus en plus intriquées, ce qui rend indispensable la capacité de décider de façon collaborative, par-delà les frontières institutionnelles, politiques et culturelles.

A l’heure actuelle, nombre de processus décisionnels sont inefficaces, lents et mal documentés. Les problèmes que nous devons affronter ne peuvent pas être résolus par les gouvernements, entreprises, ONG, universités et organismes intergouvernementaux s’ils travaillent de manière isolée.

Dès lors, nous devons développer un processus décisionnel transinstitutionnel et des plates-formes communes pour que les décisions stratégiques soient prises et mises en œuvre de manière transinstitutionnelle. Les modèles économiques traditionnels continuent de se bercer de l’illusion que les hommes sont des décideurs avisés et rationnels, alors même que des recherches prouvent le contraire. Parallèlement, la crise financière a apporté la preuve qu’on ne pouvait pas s’en remettre à des modèles informatiques pour prendre nos décisions.

De plus, avec l’avènement de systèmes plus ouverts, la démocratisation et l’essor des médias interactifs, de plus en plus de personnes participent au processus décisionnel, qui gagne du coup en complexité.

Fort heureusement, nous évoluons vers un univers où l’informatique sera omniprésente et où nous disposerons de systèmes d’intelligence collective (entre individus et entre institutions) qui nous fourniront en temps réel les informations nécessaires à la prise de décision.

Le « cloud computing » ou informatique dans le nuage, des solutions de visualisation des connaissances et divers systèmes d’aide à la décision (SAD) se démocratisent. Les SAD améliorent les décisions en éliminant toute partialité, tout préjugé et idée reçue pour fournir une évaluation plus objective des faits et options disponibles. Certains logiciels permettent de sélectionner des critères et d’évaluer des options, d’autres réalisent une sorte de moyenne des prévisions et d’autres encore mettent en lumière les différents points de vue sur des problématiques et les éléments de recherche plaidant en leur faveur ou en leur défaveur.

Les sites de réseaux sociaux permettent aux membres d’une même famille ou d’un groupe d’amis d’utiliser des logiciels d’aide à la décision élémentaires pour gérer les problèmes du quotidien. Des groupes de volontaires utilisent Internet pour s’auto-organiser dans le monde entier, ce qui accroît la transparence et donne naissance à de nouveaux processus décisionnels. Les blogs jouent un rôle de plus en plus important dans la prise de décisions. Sur les 200 millions de blogs recensés, près de la moitié ont vu le jour entre 2007 et 2009.

Les logiciels d’information thématique dans le cadre du e-gouvernement permettent une prise de décision plus transparente et plus responsable. Bien que les neurosciences cognitives semblent prometteuses en la matière, leurs applications au niveau du grand public restent marginales. Malheureusement, nous sommes tellement sollicités par les médias que les questions véritablement importantes passent au second plan et que nous consacrons trop de temps à des informations sans intérêt.

La collecte et l’évaluation rapides de nombreux points de vue via des logiciels en ligne pourraient accélérer la prise de décision. Là où on s’en tenait généralement aux opinions d’experts isolés ou de très petits groupes de spécialistes, on fait aujourd’hui appel à des systèmes en ligne ouverts qui favorisent une participation plus large et plus transparente. (Voir l’Annexe L du CD joint pour une explication du processus Delphi en temps réel.)

Par le passé, de nombreuses décisions politiques ou commerciales se fondaient sur l’intelligence et l’analyse concurrentielles. Dans un contexte où la mondialisation et les interdépendances se renforcent, l’intelligence et l’analyse synthétique devraient aussi avoir leur place. Quelles sont les synergies possibles entre les entreprises, groupes et nations en concurrence ? L’analyse synergique vise à promouvoir des décisions « gagnant-gagnant » qui soutiendront davantage d’initiatives tout en évitant de gaspiller de l’énergie dans des solutions où l’une des parties est lésée.

Bien souvent, les décisions prennent du retard car certaines informations manquent, un problème que Google est en passe de faire disparaître. D’énormes bases de données validées par des experts sont connectées entre elles de sorte que des composites de données issues de différentes sources puissent synthétiser les éléments les plus pertinents pour une décision particulière. Le processus décisionnel intégrera de plus en plus de logiciels de simulation et de modélisation plus intuitifs, plus puissants et plus souples. L’omniprésence de l’informatique augmentera le nombre de décisions prises chaque jour, avec des calendriers et des priorités en perpétuelle évolution.

Avec l’augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs, le processus décisionnel pourra être largement automatisé, de la même façon que le système nerveux, autonome, gère les décisions élémentaires au niveau de l’organisme. La prise de décision profitera également de l’intégration de capteurs dans les produits, les bâtiments et les organismes, assortis d’un Internet plus performant et de logiciels d’intelligence individuelle et collective qui nous permettront de recevoir des informations et d’en tenir compte pour des choix plus avisés.

Les programmes de formation destinés aux décideurs devraient couvrir : des recherches sur ce qui conduit à des prises de décisions irrationnelles, les enseignements tirés de l’expérience, les méthodologies de recherche prospective, la projection, les sciences cognitives, la fiabilité des données, l’utilisation des statistiques, les méthodes d’aide à la décision traditionnelles (coût/bénéfice, PERT, etc.), l’intelligence collective, des considérations éthiques, la détermination d’objectifs, les risques, le rôle des dirigeants, la transparence, la responsabilité, la prise de décision participative via de nouveaux SAD, l’e-gouvernement, les moyens d’identifier et d’optimiser les systèmes d’amélioration, les processus de priorisation et enfin la prise de décision collaborative impliquant plusieurs institutions.

Le neuvième défi sera relevé lorsque des SOFI ou des systèmes similaires seront régulièrement utilisés dans le processus décisionnel, quand le droit des sociétés sera amendé dans les différents pays pour prendre en compte les organisations transinstitutionnelles et quand au moins 50 pays imposeront à leurs élus d’être formés à la prise de décision.

CONSIDERATIONS REGIONALES

AFRIQUE : Comment préserver les avantages de la famille élargie tout en prenant des décisions politiques et économiques plus objectives et désintéressées ? Le développement de la société civile africaine nécessitera peut-être des pressions extérieures pour garantir la liberté de la presse et la responsabilité et la transparence du gouvernement. Microsoft collabore à des systèmes d’e-gouvernement pour améliorer la transparence et la prise de décision. Faute d’endiguer la fuite des cerveaux, il faudrait utiliser les systèmes exploitant Internet pour relier les spécialistes expatriés au processus de développement local.

ASIE ET OCEANIE  : Des synergies entre la spiritualité et la culture de l’Asie axée sur la collectivité et des systèmes décisionnels occidentaux plus linéaires et individualistes pourraient déboucher sur de nouvelles philosophies en matière de prise de décision. La ville de Gincheon en Corée du Sud a créé la première Global Climate Change Situation Room (cellule consacrée au changement climatique) assortie d’un système d’intelligence collective pour aider à la prise de décision concernant les problématiques climatiques. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) pourrait jouer un rôle décisif dans l’amélioration des systèmes décisionnels dans la région.

EUROPE  : Le poids de la bureaucratie, le manque de transparence et la multiplication des décideurs compromettent un processus décisionnel clair dans l’UE. L’Europe souffre d’un « syndrome du rapport » du fait des innombrables traités et règles administratives. Les tensions entre l’UE et les gouvernements des pays membres et au sein des groupes ethniques compliquent encore la prise de décision.

AMERIQUE LATINE  : Pour que l’e-gouvernement puisse renforcer la transparence, réduire la corruption et améliorer les décisions, il faut que l’accès à Internet soit garanti au-delà des 20 % de la population la plus aisée. Pour l’heure, les 80 % restants doivent se contenter de services inefficaces et difficiles d’accès, en plus d’horaires d’ouverture restreints et de processus opaques. Les plans des gouvernements en matière d’institutions, la gestion et les données pour la prise de décision sont insuffisants dans la région. L’Amérique latine doit renforcer la participation citoyenne et l’éducation publique pour induire une prise de conscience politique.

AMERIQUE DU NORD  : Les blogs et les groupes auto-organisés sur Internet se sont imposés parmi les décideurs en Amérique du Nord, avec des décisions prises à l’échelon le plus bas possible en fonction du problème. Environ 20 % des entreprises américaines utilisent des systèmes d’aide à la décision pour sélectionner des critères, évaluer des options ou mettre en lumière les différents points de vue sur des problématiques et les éléments de recherche plaidant en leur faveur ou en leur défaveur. Intellipedia fournit une intelligence open source pour optimiser la prise de décisions. La dépendance de la région vis-à-vis des processus décisionnels assistés par ordinateur (e-gouvernement, télé-entreprises) crée de nouvelles vulnérabilités aux manipulations du fait du crime organisé, de la corruption ou du cyber terrorisme, comme nous l’indiquons dans les sections consacrées aux défis 6 et 12.

Pour commander la version française du rapport annuel State of the Future 2010 , l’état du futur 2010 :http://www.lulu.com/browse/search.p...